Sénoufo (Gour)

Tissu Korhogo (Bogolan)

Tissu Korhogo (Bogolan)1 / 3

Coton crème peint à la boue de motifs sacrés (crocodile, serpent, caméléon) en noir.

Histoire & contexte culturel

Le bogolan (ou bògòlanfini en bambara, « fait avec de la boue ») est un textile traditionnel de coton teinté selon une technique ancestrale, largement adopté et produit en Côte d'Ivoire, notamment par les Sénoufo de la région de Korhogo. Le tissu de base est une toile de coton filée et tissée localement en bandes étroites de 5 à 12 cm, ensuite cousues bord à bord pour former des pièces plus grandes. Le processus de teinture comporte quatre teintes principales (marron, noir, beige et jaune clair). Après une première teinture jaune obtenue par trempage dans une décoction de feuilles de bouleau d'Afrique (n'galama, Combretaceae), l'artiste dessine les motifs à la boue fermentée (bogo) à l'aide d'un calame ou d'un pinceau. Le bogolan est considéré comme imprégné d'énergie vitale et de vertus thérapeutiques ; on enveloppait traditionnellement les jeunes circoncis et les fillettes excisées avec. En Côte d'Ivoire, le bogolan Sénoufo est souvent cousu en boubou et décoré d'animaux sacrés (crocodile, serpent, tortue, caméléon) tracés en noir sur coton écru. Commercialisé depuis les années 1970 au Mali, popularisé mondialement par le styliste malien Chris Seydou dans les années 1980, il a inspiré Oscar de la Renta et Marina Rinaldi.

Occasions de port

Rituels, chasse, art décoratif

Matériaux & supports

  • Toile de coton tissée à la main (en bandes de 5 à 12 cm)
  • Boue fermentée (bogo)
  • Décoction de feuilles de bouleau d’Afrique (n’galama, Combretaceae)
  • Écorce de mpécou (pour les tons rouille / kaki)
  • Décolorant à base de poudre lessivielle, chlore et savon de karité (pour le blanc)

Symbolique & sens

Tissu considéré comme imprégné d’énergie vitale et de vertus thérapeutiques : on enveloppait traditionnellement les jeunes circoncis et les fillettes excisées avec un bogolan, pour les protéger. Le crocodile symbolise la force tranquille et le pouvoir du chef, le serpent la ruse et la fertilité, le caméléon l’adaptabilité, la tortue la patience et la longévité. La boue elle-même relie le porteur à la terre-mère. Les motifs permettent en outre d'identifier un village, un peuple et parfois l'artiste elle-même : c'est une véritable signature culturelle.

Repères historiques

  1. 2008Le créateur américain Oscar de la Renta intègre le bogolan dans sa collection.
  2. 2013La marque italienne Marina Rinaldi lance une capsule en bogolan.
  3. Années 1970Premières commercialisations locales au Mali, à San et Ségou notamment.
  4. Années 1980Le styliste malien Chris Seydou popularise le bogolan sur les podiums internationaux.
  5. Tradition ancienneLe bogolan est une technique séculaire bambara (Mali) reprise et adaptée par les Sénoufo de Korhogo en Côte d’Ivoire.